Ne rien faire

 Je me suis mis au soleil sur mon balcon. J'ai un besoin vital de soleil. Je suis tellement content que le beau temps soit revenu et que la température me permette de m'assoir sur mon balcon. Il fait beau aujourd'hui comme il a fait beau ces jours derniers. Je m'assois avec un mug de café léger sucré. Je le sirote en ne faisant rien d'autre. Je ne médite pas, car méditer suppose un effort pour contrôler le flux des pensées.  Ma flemme légendaire m'a rendu apte à ne rien faire sans m'ennuyer. J'écoute les bruits avec attention : une voiture qui passe dans ma rue ou sur la promenade le long de la Maine, une tourterelle : "grougrou grou", des pépiements indistincts, le cri d'une pie dans les platanes de la rive, le son atténué d'une conversation entre des humains quelque part. Mes pensées dérivent, mais agréablement, pas de pensées négatives. Ne rien faire et en être satisfait va à l'encontre de tout ce qu'on nous apprend et de tout ce qu'on valorise dans notre monde. C'est pourquoi je crois qu'il est bon de ne rien faire, pour envoyer paître le monde entier !

Une semaine de passée

 Et voilà... Une nouvelle semaine de passée sans que je n'aie fait grand-chose. J'aime penser que c'est à cause de la Covid, mais c'est pour me rassurer. Mes journées sont divisées en deux : douze heures de sommeil (plus ou moins, sauf quand j'ai des insomnies), douze heures de vie éveillée. Je ne pense pas que ça soit très sain de vivre comme ça. Il faut que je limite mes nuits à huit heures. Mais comme je n'ai pas grand-chose à faire je traîne au lit, à somnoler le plus souvent. Et le couvre-feu à dix-neuf heures m'embête considérablement puisque je suis plutôt du soir, que j'aime la lumière du soir pour faire des photos et que j'aime aussi sortir me promener dans les environs de mon domicile la nuit tombée. Évidemment il n'est pas question d'aller diner ailleurs, ni d'inviter des gens à dîner. Pas question non plus d'aller passer quelque temps au pub ou chez Starbucks, pas question de cinéma ni de spectacle d'aucune sorte et bien sûr de vie sociale ou associative. Je dors longtemps, mais mal : fréquents réveils, rêves désagréables. Je fais un peu d'exercice chez moi (souvenirs de mon séjour en SSR à l'hôpital de Chinon où mon coach personnel en activité physique m'a appris plein de choses dont je me sers encore aujourd'hui). Comme il fait beau j'essaie de faire quelques promenades, mais ce sont toujours les mêmes et bien que le cadre soit magnifique, surtout au printemps, ce n'est pas très varié. Il est possible que je “souffre” du syndrome du récent retraité, qui ne sait pas à quoi se prendre pendant les premiers mois de sa retraite, mais le confinement et le couvre-feu (et la Covid) n'arrange rien. Je ne suis pas malheureux, dites-vous bien, et je ne me sens pas déprimé (je me sens même très content de ne plus être stressé par le travail (encore que je ne le fusse guère), d'être plus libre qu'avant et de n'avoir de comptes à rendre à personne et surtout pas à des gens pour lesquels je n'avais aucune estime ni respect). Quelques satisfactions néanmoins : mes ennuis de plomberie sont terminés, j'ai réussi quelques geekeries sur mon ordinateur, je lis beaucoup et des choses passionnantes (des essais, je ne goûte guère la fiction). J'essaye de goûter des vins divers (pas plus d'un verre par jour) et d'étendre mes connaissances œnologiques et je dois dire que c'est bien agréable. Par ailleurs j'ai diminué ma dépendance à l'information en me désintéressant considérablement de la politique française au jour le jour et en ne participant pas aux quotidiennes polémiques sur les réseaux sociaux. Je fais des photos et je les développe avec parcimonie avec Lightroom. Enfin je suis aussi content qu'on peut l'être d'habiter ici, à Angers, dans le Val-de-Loire, dans un appartement aussi agréable que bien adapté à mon mode vie, au bord de la rivière (à 79 mètres très exactement de mon balcon) mais en surplomb (pas de risque d'être inondé) et un peu en périphérie de la ville (donc plus calme qu'en centre-ville).

fantômes du passé

Les nuits d'insomnies vers trois heures du matin, c'est l'heure des trois fantômes du passé. Il y a le fantôme des occasions manquées et des illusions perdues, celui des paroles et des actes dont on a honte et enfin celui des humiliations subies.

Contrairement à Scrooge dans Un Conte de Noël de Dickens, on ne se réveille pas un meilleur homme après la visite de ces trois fantômes. 

ménage

J'ai fait du ménage sur Twitter. À part les anciens et les vrais amis, j'ai viré tous les comptes français. Je devrais ainsi être beaucoup plus serein quand je lis ma timeline, étant donné que les polémiques américaines me remuent beaucoup moins que les misères françaises. Je sais, c'est bizarre, mais c'est comme ça.

goûts musicaux

On peut dire qu'en matière de musique, j'ai vraiment très mauvais goût. Je ne sais pas ce qui a manqué dans mon éducation musicale pour que j'aie plaisir et réconfort à écouter ce qu'on appelle la musique populaire américaine, c’est-à-dire les genres Country, Americana, Folk, Bluegrass et tous leurs dérivés, ainsi que le Blues bien sûr. À ces genres, il faut bien sûr ajouter ce qu'on appelle le Pop/Rock des années 70, personnalisé par les Bob Dylan, Bruce Springsteen et autres Fleetwood Mac... Bien entendu je ne fais pas la fine bouche sur quelques producteurs de chefs-d’œuvres (du moins ce que je considère comme des chefs-d’œuvre) comme Frank Sinatra, George Gershwin, les crooners et le “musical” de Broadway, les musiques (Blues, Funk, Zydeco, Cajun) de la Nouvelle-Orléans comprises — et j'en oublie plein d'autres que j'écoute avec plaisir.

Il est probable que l'américanophilie dont je suis affecté me pousse à apprécier ces genres musicaux entre tous, au point de préférer le rock américain à l'anglais. J'ai toujours un peu honte à avouer que j'aime ces genres musicaux, surtout dans certains milieux intellectuels (que d'ailleurs je ne fréquente plus, comme ça, c'est réglé), mais aussi quand je suis en présence de véritables amateurs de musique. Je sens bien que j'ai des goûts de chiottes.

soyons positifs

Je m'apprêtais encore à écrire un billet courroucé contre la bêtise et la jalousie des gens et puis j'ai arrêté et effacé mon texte, persuadé que ce n'était qu'une énième affirmation de ma misanthropie et que ça n'avait d’intérêt que pour moi, celui de sortir ce que j'avais de plus en plus sur le cœur et qui n'était peut-être pas plus vrai que l'opinion contraire. Inutile et négatif, donc. Penser à autre chose.

s'échapper

Quelques fois, après dix-neuf heures, il m'arrive de braver le couvre-feu et de descendre rendre visite à la rivière, à 50 mètres de chez moi. Juste ça, une visite de courtoisie de 5 minutes. Et ça fait du bien au moral.

immonde

Je me lamente à longueur de temps sur l'état d'esprit de mes contemporains. Je ne peux plus les voir en peinture, mais je continue avec perversité à aller voir leurs conneries et leur haine brute, leur mauvaise foi sur Twitter. À chaque fois ça me met en colère ou ça m'afflige et je me dis avec culpabilité que je perds mon temps et que ça va finir par me filer un ulcère, mais j'y retourne, c'est un peu comme une drogue.

Prenez cette histoire de ministres participants à des bombances de luxe dans des restaurants clandestins. À ma connaissance il n'y a aucun ministre pris en flagrant délit, ni même aucun ministre dont il est prouvé qu'il a participé à un de ces festins. Mais à peine la rumeur a-t-elle été lancée qu'un grand nombre de gens la prend pour une réalité et la dénonce en la re-twittant, comme si c'était une vérité. Le dénonciateur se rétracte, mais le mal est fait : un mytho sort n'importe quelle connerie, elle est prise au sérieux par tous ceux qui y voient la confirmation de leur méfiance et de leur rage.

Comment peut-on vivre dans un monde pareil ? En coupant Twitter pardi ! A-t-on vraiment besoin de Twitter ? Non, la plupart du temps on s'en passe très bien et même ça fait gagner du temps (qu'on peut utiliser à écrire par exemple).