au Nord-Sud, dimanche après-midi

Coup de chance au Nord-Sud, j’ai trouvé une table le long des baies vitrées. C’est rare et il faut apprécier à sa juste valeur, c'est-à-dire : beaucoup !
J’ai pris un crème. Le crème est cher mais il est bon.
Le Nord-Sud est très différent de son exact opposé de l’autre coté de la place Jules Joffrin, le Café de la Place. C’est une brasserie parisienne typique : décor de plaqué brun, tables en bois, cuivres, lumières tamisées d’abat-jours imprimés, appliques, miroirs, carrelage. Il y a toujours quelques vieilles emperuquées ou teintes qui bavardent de leurs douleurs, de feu leurs maris, de la France qui tombe et des jeunes de maintenant qui ne respectent plus rien. Il y a du foot italien à la télé, écran plat accroché au-dessus du zinc. Les arbitres sont tout de jaune fluo affublés, je ne rappelle pas avoir déjà vu des arbitres comme ça. L’un des serveurs est précédé d’une gigantesque bedaine, proéminente, qu’il ballade avec fierté devant lui et qu’il moule dans son gilet noir. Vue sur la mairie du XVIIIème dont l’entrée est surmontée par un portrait géant d’Ingrid Bétancourt, citoyenne d’honneur de la Ville de Paris, et otage des FARC en Colombie, qui ressemble, sur la photo prise en captivité, à une madone de Boticelli, le regard modestement tourné vers le bas, la longue tresse de ses cheveux posée sur l’épaule. Une population bigarrée passe devant le café, le peuple du quartier, familles en promenades du dimanche, flics en ronde, ados désoeuvrés, vieillards fragiles et tâtonnant à la descente du Montmartrobus. Les serveurs aboient les commandes au bar dans la grande tradition « un demi, un noir et un sandwich au jambon ! », saluent les sortants « au revoir messieurs dames et merci ! ». Musaque d’ambiance, en l’occurrence Sultan Of Swing, musique pour vieux de mon âge, peut-être France Bleue. La guitare de Mark Knoppfler n’est pas entendue par le 3ème âge derrière, qui rumine maintenant pensivement son repas, elle n’est pas non plus entendue par les deux jeunes femmes devant qui dégustent des crêpes au Nutela et glace à la vanille qui me font envie en parlant de signes astrologiques. Coca Light et Perrier devant, expresso derrière où l’on épluche maintenant l’édition du dimanche du Parisien en déblatérant sur le maire Delanoë.

3 commentaires:

Territoires Poétiques a dit…
Ce commentaire a été supprimé par son auteur.
Anonyme a dit…

c'est bien ça
(et pour Bétancourt, j'ai toujours pensé la même chose chaque fois que je suis passée devant, je ne sais pas trop ce qui me gène dans cette histoire-là mais je n'y adhère pas)

Andre-Francois a dit…

superbe aussi: j'adore ce type de textes, équivalent prose d'une photo d'atmosphère.