Mardi 13 octobre 2020

 Aller-retour à Paris aujourd'hui. J'ai passé la dernière visite médicale périodique de ma longue carrière. Bilan : zéro défaut ou presque ! Bon pour la retraite. Un petit tour à La-Plaine-Stade-de-France. Vendeurs de cigarettes de contrebande, et probablement d'autre chose, sur le parvis de la gare. Les vendeurs à la sauvette portent correctement leurs masques, c'est déjà ça, me suis-je dis. Au retour dans le RER, une grosse femme tousse dans son masque d'un toux grasse qui n'annonce rien de bien joli dans ses poumons, bronchite chronique, asthme, emphysème ? Tabagisme probablement et peut-être la Covid. 😱

Déjeuné à la cantine de la Gare-du-Nord avec mes collègues gendarmes. Une employée de la cantine nous engueule parce qu'on ne respecte pas les distances interpersonnelles dans la file d'attente. Comme elle porte son masque sous son nez je lui fais remarquer qu'elle est gonflée de nous faire la leçon alors qu'elle même ne respecte pas les consignes. Le menu de la cantine « spécial pandémie ®  » nous laisse peu de choix, aujourd'hui c'était Bruschetta ou Nuggets de poulet. Avec des choux-fleurs, des courgettes ou des frites. Va pour les Nuggets avec des courgettes ! Les couverts en bambou sont emballés dans une pochette en papier, l'eau est servie dans de petites bouteilles en plastique, le pain, les hors d'oeuvre, les desserts sont servis emballés. Les tables et les sièges sont espacés les uns des autres et désinfectés dès qu'on se lève pour s'en aller, la caisse n'accepte pas les espèces. Bref, c'est aussi safe que ça peut l'être.

Je suis passé devant mon ancien immeuble (une barre de béton grisâtre de douze étages au-dessus des voies à la sortie de la gare du Nord juste pour donner une bonne image de Paris aux touristes en provenance de Londres, Amsterdam, Bruxelles), qui l'eut cru ? Toute la façade a été recouverte d'un revêtement blanc avec un léger bas-relief ! Les balcons aux garde-corps rouillés ont été remplacé par des baies vitrées. Hé bien quand même, je n'ai pas eu envie de retourner y habiter. 

J'ai repris le TGV pour rentrer dans mon Maine & Loire où, avec soulagement, je suis arrivé au crépuscule. En descendant du Tram j'ai longé la Maine jusqu'à chez moi, c'était calme, deux joggeurs, un couple promenant son chien, ça sentait l'eau douce et un peu la vase, c'était bon.

Désorientation

 C’est assez jouissif de voir les anti-masques se débattre avec la nouvelle de la maladie de Trump. Ils en sont réduits à inventer des conspirations pour expliquer la défaite de leurs propres théories conspirationnistes. Trump était le héros des conspis et des anti-masques ! Pour certains la covid n’existait pas, pour d’autres c’était une grippette sans danger, tous clamant que c’était mieux soigné avec l’huile de perlimpinpin du bon docteur Raoult. Et voilà qu’ils apprennent que leur héros est malade de la covid, hospitalisé et soigné avec du Remdesivir ! De Big Pharma ! Cela ne peut être qu’un coup monté, ou un coup d’État tout court fomenté par les «judéo-francs-maçons-pédophiles-satanistes» et la «finance apatride» !

Expérimental

 Tiens ! Trump n'est pas traité à l'Hydroxychloroquine + AZT mais par un médicament expérimental fabriqué par Regeneron Pharmaceuticals (un assemblage de 2 anticorps monoclonaux extraits d'ovaires de hamsters (!) ) plus du zinc, de la vitamine D, de la mélatonine et de l'aspirine. 

Raoult doit être vert !

Il est très rare qu'on prescrive à un malade un médicament qui n'a pas encore été testé, ceci n'est pas de bon augure.

Trump a la covid

 Johnson  et Bolsonaro ont vu leur popularité croître lorsqu'ils ont été atteints par la COVID. Mais ça ne veux pas dire que cela favorisera l'élection de Trump. Son écart avec Biden dans les sondages est difficilement rattrapable et des millions de personnes ont déjà voté.

Mon inquiétude est plutôt du côté de Joe Biden qui a été en  face de Trump sans masque pendant le débat de mardi soir. Et de façon  plus large on sait que c'est une aide de Trump présente ce soir là dans la salle qui lui a refilé le virus, elle a pu le passer à un aide de Biden qui aurait pu à son tour le passer à son patron. Croisons les  doigts !

Si Trump reste asymptomatique, je pense que ça ne changera rien au scrutin du  3/11. Peut-être même que ça attirera quelques indécis vers Biden ou vers l'abstention, vu que Trump a nié que la maladie était grave. 

J'avoue que je ne sais pas ce qui se passera s'il est gravement atteint ou s'il décède. Étant donné que des millions de personnes ont déjà voté (par correspondance) il est trop tard pour modifier les bulletins et de toute façon dans bien des États ce n'est pas prévu par la loi. Même chose côté Biden. 

En cas d'impossibilité de se présenter pour un candidat, ce sont les organes dirigeants des deux partis qui doivent désigner celui qui devra le remplacer, en théorie. Mais dans des temps si proches du scrutin ce ne sera probablement pas possible. Le Congrès pourrait alors repousser la date des élections, mais c'est peu probable qu'il le décide.

En cas d'empêchement du président c'est le vice-président (en l’occurrence Mike Pence) qui assume le rôle de président. Si le vice-président est empêché à son tour c'est la présidente de la Chambre des Représentants (en l’occurrence Nancy Pelosi, une Démocrate) qui s'y colle. 

Mike Pence pourrait être un candidat très solide face à Biden ou Kamala Harris, bien plus solide que Trump.

Ces élections sont vraiment extraordinaires dans une année extraordinaire.

Blues

 Les nouvelles en provenance des Etas-Unis sont mauvaises et elles s’ajoutent aux  moins mauvaises mais pas réjouissantes non plus nouvelles françaises et du reste du monde, pour me donner le cafard. Aux Etats-Unis Trump menace de s’accrocher à son siège par tous les moyens en cas de défaite (et il va probablement être défait ce qui promet presque à coup sûr un chaos terrible, peut-être même une guerre civile dans ce pays que j’aime et où j’ai plein d’amis). A moins qu’il gagne en intimidant les électeurs dans les bureaux de vote (ce qu’il s’apprête à faire dans les états clés) ou qu’il s’arrange pour faire éliminer les votes par correspondance (ce à quoi la brute partisane qu’il a mis à la tête du service des postes US s’emploie). En France le tour de vis sanitaire effectué hier par le ministre de la santé déplaît à tout le monde et en particulier aux bistrotiers et restaurateurs obligés à fermer à partir de 22 heures. Nicolas Bedos, comédien fils de, publie un texte sur les réseaux sociaux appellant à "vivre quitte à mourir" (bel oxymore) et demandant à ce qu'on arrête tout "les masques. Les confinements". Nul doute qu'il va se faire une bonne pub avec ce crachat lancé aux soignants. Quant aux Marseillais je serais bien d’avis de les laisser se démerder tout seuls puisqu’ils se sentent méprisés et persécutés par Paris. 

Et en plus je dois aller au bureau, à Paris, demain !

Encore le virus

 Le fait est observable par tout un chacun : le virus se transmet par voies aériennes. C'est pourquoi il y a des clusters dans les bureaux, les abattoirs, les écoles, etc. Un lieu clos où l'air circule peu, une grande densité de personnes qui ne portent pas de masques et qui parlent entre eux, voilà l'endroit idéal pour la transmission du virus. A l'inverse si vous êtes à l'air libre et pas trop près les un des autres, je pense qu'il n'y a pas de risques. C'est pourquoi je pense qu'il est raisonnable de limiter les rassemblements de personnes (et en priorité dans les lieux clos) et de porter un masque. Et je crois que si l'épidémie ne décolle pas autant en nombre d'hospitalisations en ce moment (les services hospitaliers ne sont pas saturés, sauf peut-être à Marseille et Lyon où ils ne sont pas très loin de l'être) et vu le nombre de cas positifs, c'est parce que dans leur grande majorité les gens portent des masques et adoptent les fameux gestes barrières, au moins à l'intérieur des lieux publics et des transports.

Consistency

 "Four and a half years ago, when Republicans refused to hold a hearing or an up-or-down vote on Merrick Garland, they invented the principle that the Senate shouldn’t fill an open seat on the Supreme Court before a new president was sworn in," Obama wrote.

"A basic principle of the law — and of everyday fairness — is that we apply rules with consistency, and not based on what’s convenient or advantageous in the moment.

"The rule of law, the legitimacy of our courts, the fundamental workings of our democracy all depend on that basic principle. As votes are already being cast in this election, Republican Senators are now called to apply that standard," Obama wrote.

¶ Obama on filling Ginsburg's seat: Apply rules with consistency

Lindsey

 Lindsey Graham is the most full of shit and hypocrites in this Senate, and in a Senate where Mitch McConnell rules, that's saying something.

"Senator Lindsey Graham, Republican of South Carolina, signaled that he would backtrack from his vow in 2016 that Supreme Court vacancies should not be filled during a presidential election year and would indeed be willing to move a nominee before the election." - The NYT

Ça n'arrive pas qu'aux autres

 Parfois on se dit qu'on a bien de la chance d'être Européen, Français et de vivre dans ce pays, la France. Et ce, malgré tout l'amour et l'admiration qu'on a pour un grand pays au delà de l'Atlantique. Et puis on voit Mélenchon, Le Pen, les anti-masques, les conspis, les gilets-jaunes, Onfray et on se dit que ce qui arrive aux Etats-Unis pourrait bien nous arriver dans ce pays dont nous avons la chance d'être citoyen et l'Union Européenne dont nous avons la chance de faire partie.

Köln Concert

 C'est le premier disque de chez ECM que j'ai acheté, en 1978, sur le conseil d'un disquaire de la rue Gambetta à Poitiers. Un connaisseur. Un jour que je passais par là il avait mis ce disque sur la platine du magasin. Le piano de Keith Jarrett m'avait pour ainsi dire sauté aux oreilles. J'habitais à l'époque une chambre d'étudiant rue des Feuillants à Poitiers au premier étage de la maison d'une artiste peintre, myopathe et qui gagnait chichement sa vie en vendant des céramiques et des tableaux et en louant tout le premier étage, auquel elle n'avait plus accès, de sa maison, un ancien couvent en ruine, à des étudiants comme moi. Je peux dire que je l'ai usé jusqu'à la corde ce disque, à force de l'écouter encore et encore. Je crois bien qu'on finissait par voir à travers le vinyl (oui, c'est une hyperbole, mais pas loin de la vérité). C'est le seul disque que je peux quasiment jouer dans ma tête d'un bout à l'autre.