Optimisme

Je suppose que beaucoup de gens de ma connaissance pensent de moi le contraire mais en fait je suis un optimiste indécrottable. Dans toute situation je pense toujours que "ça va s'arranger" pour le mieux ! C'est une régression à la moyenne : en moyenne les situations dangereuses "s'arrangent" en effet plutôt bien. Mais pour qu'il y ait régression à la moyenne qui fait que la plupart des situations dangereuses se terminent bien il faut toujours des valeurs aberrantes : des situations qui se terminent mal !

Le but de la manoeuvre

Lors d'une élection impliquant près de 150 millions d'électeurs, on peut toujours trouver des irrégularités: quelques bulletins égarés, quelques erreurs, des votes non comptés, ou même des petites fraudes électorales ici ou là, concernant quelques dizaines de votes. Si les acolytes de Trump cherchent bien, ils vont certainement en trouver quelques unes. Mais ce que l'équipe de Trump doit prouver ce n'est pas qu'un mort à Detroit (Michigan) a voté pour Biden ou que quinze bulletins ont été perdus en Pennsylvanie, ou que quelques bulletins de vote ont été mal dépouillés à Milwaukee (Wisconsin) . Les avocats de Trump doivent prouver qu'il y a eu suffisamment de fraude électorale ou d'erreurs de comptage pour renverser l'avance de Biden dans une demi-douzaine d'États où elle s'élève à des milliers, voire des dizaines de milliers de voix. Cela signifierait des malversations ou des erreurs généralisées dans plusieurs États. C'est ce qu'essaie de faire croire la Maison Blanche mais ils n'ont aucune preuve de ce qu'ils avancent, pour une bonne raison : les chances de prouver une fraude à un niveau aussi grand sont inexistantes. 

Le but de la manœuvre est de bâtir un récit, une fiction, pour d'une part soigner l'ego blessé de Donald Trump et d'autre part pour entretenir le doute sur la légitimité de la présidence de Biden.

Le résultat du scrutin et la victoire de Biden / Harris sera actée lorsque le collège électoral se réunira pour voter, à la mi-décembre. Les recours judiciaires seront probablement résolus avant cette date (quelques-un l'ont déjà été). L'investiture de Joe Biden et Kamala Harris aura lieu le 20 janvier 2021. 

Mais la fiction d'une élection volée, en revanche, sera entretenue, rabâchée et finira pas être vue comme une vérité par les partisans de Trump, les électeurs républicains et une grande partie des 70 millions d'électeurs qui ont voté Trump, ils voudront redresser les torts en 2024. Trump pourra alors se représenter, comme la constitution l'autorise à le faire. 

Mais peut-être que je me fais un film, moi aussi, et que Trump ne voit pas aussi loin ni aussi finement. Peut-être croît-il qu'il peut vraiment garder le pouvoir, au besoin en faisant une sorte de coup d'État. Je veux croire que ça serait voué à l'échec dans un pays comme les États-Unis.

Empoisonner le puit

Hier, Trump a limogé le secrétaire à la défense Mark Esper et l'a remplacé par un loyaliste, Chris Miller, Trump envisagerait également de limoger le directeur du FBI Christopher Wray et la directrice de la CIA Gina Haspel. Mitch McConnell est déterminé à garder le contrôle du Sénat et il a défendu la contestation de l'élection par Trump, bien qu'il n'ait pas explicitement dit qu'il pensait que l'élection avait été frauduleuse. Il continuera ainsi jusqu’au deuxième tour des élections sénatoriales en Géorgie, mais je pense qu’il ne tient pas à perdre les suffrages des quatre ou cinq sénateurs républicains modérés qui ont déjà reconnu Biden comme président-élu. Bill Barr le ministre de la Justice, a ordonné aux procureurs fédéraux d’enquêter sur les fraudes électorales supposées tout en leur signifiant de ne pas considérer les demandes qui leur sembleraient frivoles. McConnell et Barr se réservent donc des motifs de plausible déni si les choses tournaient vraiment mal tout en satisfaisant Trump. 

Tous ces signaux sont inquiétants, certes, et il est possible que Trump et ses acolytes fomentent un coup d’État, mais à mon sens c’est peu probable car trop difficile à mettre en œuvre. Les Etats-Unis ne sont pas le Brésil ou le Venezuela. La démocratie est bien enracinée dans les mœurs politiques, la constitution est solide et assure la séparation des pouvoirs et elle est considérée comme quasiment un texte sacré. L’armée est neutre et les officiers qui la commandent ne sont pas tentés par le pouvoir, de plus le mépris avec lequel Trump les traite en pratique ne lui attire pas plus que ça la sympathie. 

Les attaques de Trump fonctionnent pourtant : de nouveaux sondages montrent que 7 électeurs républicains sur 10 pensent maintenant que l'élection de 2020 était illégitime. Et là est le plus grand danger pour la démocratie américaine. Je crois que, plus que faire un coup d’État, Trump à l’intention de délégitimer la présidence de Joe Biden, de susciter le doute sur sa victoire au point d’entraver fortement ses actions après le 20 janvier. Dans quel but ? Revenir en 2024, bien sûr.

Trump est battu mais il ne l'admettra pas

Il est une tradition politique aux États-Unis qui veut que le candidat ayant perdu appelle le vainqueur pour concéder sa défaite et lui souhaiter bon vent. Ensuite le perdant fait un discours de concession très convenu mais très émouvant pour tout le monde et appelle à l’unité de tous les Américains derrière le vainqueur. Enfin, seulement, le vainqueur fait un discours d’acceptation de sa victoire, très convenu et très émouvant pour tout le monde. Le 20 janvier de l’année suivante tout le monde (anciens présidents, nouvel élu) se retrouve sur les marches du Capitole à Washington DC pour assister à la prestation de serment du vainqueur. Cette année il est probable que jamais Donald Trump ne reconnaisse sa défaite et qu’il n’assiste pas à la prestation de serment de son successeur. Il est probable aussi qu’il reste à jamais dans le déni de sa défaite entraînant dans son sillage les plus fanatiques de ses partisans. Il n’a pourtant pas à rougir de son score : il a eu près de 71 millions de voix après tout. Mais Donald Trump ne peut admettre qu’il a perdu, son psychisme s’effondrerait. Il va donc persister dans le déni. Ses acolytes vont faire de nombreux recours en justice, qui n’aboutiront pas, pour répandre le doute sur le processus électoral et gagner du temps. Le Trumpisme a détruit ce qui restait de civilisé dans le processus électoral américain.

Dernier jour d'octobre

Je ne suis pas sorti aujourd’hui, j’avais une livraison de provisions à accueillir, le temps était humide et morose, le ciel bas. J’ai fait une lessive, j’ai nettoyé un peu ma cuisine et j’ai écouté de la musique classique. Une vraie journée de Toussaint. J’ai commandé des masques jetables sur Amazon.

J’ai appris que nous serions en télétravail cinq jours sur cinq à partir de lundi prochain jusqu’au 1er décembre au moins. J’ai calculé qu’il me resterait alors à aller à Paris trois fois avant les vacances et la retraite. Il faudra donc que je consacre ces trois jours à ranger mon bureau, mes tiroirs, rapporter mes objets personnels à la maison.

Je ne crains pas le confinement, je vis très bien en anachorète urbain. Mes écrans sont mes ouvertures sur la vie extérieure.

Mon moral est plutôt bon mais la semaine qui vient promet d’être stressante, à cause des élections américaines. Je ne suis pas directement concerné par ces élections mais comme j’ai une certaine affection pour l’Amérique je pense que je réagirai mal à une ré-élection de Trump.

Dans quelques semaines je serai un peu plus en retrait du monde que maintenant. Je m’y suis habitué grâce à mon long arrêt de maladie de l’an dernier et au confinement du printemps. Je ne vais pas regretter de ne plus prendre le train le matin pour aller au travail. Je ne vais même pas regretter le bureau, ni le travail lui-même qui pourtant me plaisait bien. Je vais être hors jeu. Mais ça ne me gêne pas, je pense même qu’il y a une certaine sagesse à être hors jeu par les temps qui courent. Je vais en profiter pour continuer mon propre chemin sans la pression du travail obligatoire.

 

Mardi 13 octobre 2020

 Aller-retour à Paris aujourd'hui. J'ai passé la dernière visite médicale périodique de ma longue carrière. Bilan : zéro défaut ou presque ! Bon pour la retraite. Un petit tour à La-Plaine-Stade-de-France. Vendeurs de cigarettes de contrebande, et probablement d'autre chose, sur le parvis de la gare. Les vendeurs à la sauvette portent correctement leurs masques, c'est déjà ça, me suis-je dis. Au retour dans le RER, une grosse femme tousse dans son masque d'un toux grasse qui n'annonce rien de bien joli dans ses poumons, bronchite chronique, asthme, emphysème ? Tabagisme probablement et peut-être la Covid. 😱

Déjeuné à la cantine de la Gare-du-Nord avec mes collègues gendarmes. Une employée de la cantine nous engueule parce qu'on ne respecte pas les distances interpersonnelles dans la file d'attente. Comme elle porte son masque sous son nez je lui fais remarquer qu'elle est gonflée de nous faire la leçon alors qu'elle même ne respecte pas les consignes. Le menu de la cantine « spécial pandémie ®  » nous laisse peu de choix, aujourd'hui c'était Bruschetta ou Nuggets de poulet. Avec des choux-fleurs, des courgettes ou des frites. Va pour les Nuggets avec des courgettes ! Les couverts en bambou sont emballés dans une pochette en papier, l'eau est servie dans de petites bouteilles en plastique, le pain, les hors d'oeuvre, les desserts sont servis emballés. Les tables et les sièges sont espacés les uns des autres et désinfectés dès qu'on se lève pour s'en aller, la caisse n'accepte pas les espèces. Bref, c'est aussi safe que ça peut l'être.

Je suis passé devant mon ancien immeuble (une barre de béton grisâtre de douze étages au-dessus des voies à la sortie de la gare du Nord juste pour donner une bonne image de Paris aux touristes en provenance de Londres, Amsterdam, Bruxelles), qui l'eut cru ? Toute la façade a été recouverte d'un revêtement blanc avec un léger bas-relief ! Les balcons aux garde-corps rouillés ont été remplacé par des baies vitrées. Hé bien quand même, je n'ai pas eu envie de retourner y habiter. 

J'ai repris le TGV pour rentrer dans mon Maine & Loire où, avec soulagement, je suis arrivé au crépuscule. En descendant du Tram j'ai longé la Maine jusqu'à chez moi, c'était calme, deux joggeurs, un couple promenant son chien, ça sentait l'eau douce et un peu la vase, c'était bon.

Désorientation

 C’est assez jouissif de voir les anti-masques se débattre avec la nouvelle de la maladie de Trump. Ils en sont réduits à inventer des conspirations pour expliquer la défaite de leurs propres théories conspirationnistes. Trump était le héros des conspis et des anti-masques ! Pour certains la covid n’existait pas, pour d’autres c’était une grippette sans danger, tous clamant que c’était mieux soigné avec l’huile de perlimpinpin du bon docteur Raoult. Et voilà qu’ils apprennent que leur héros est malade de la covid, hospitalisé et soigné avec du Remdesivir ! De Big Pharma ! Cela ne peut être qu’un coup monté, ou un coup d’État tout court fomenté par les «judéo-francs-maçons-pédophiles-satanistes» et la «finance apatride» !

Expérimental

 Tiens ! Trump n'est pas traité à l'Hydroxychloroquine + AZT mais par un médicament expérimental fabriqué par Regeneron Pharmaceuticals (un assemblage de 2 anticorps monoclonaux extraits d'ovaires de hamsters (!) ) plus du zinc, de la vitamine D, de la mélatonine et de l'aspirine. 

Raoult doit être vert !

Il est très rare qu'on prescrive à un malade un médicament qui n'a pas encore été testé, ceci n'est pas de bon augure.

Trump a la covid

 Johnson  et Bolsonaro ont vu leur popularité croître lorsqu'ils ont été atteints par la COVID. Mais ça ne veux pas dire que cela favorisera l'élection de Trump. Son écart avec Biden dans les sondages est difficilement rattrapable et des millions de personnes ont déjà voté.

Mon inquiétude est plutôt du côté de Joe Biden qui a été en  face de Trump sans masque pendant le débat de mardi soir. Et de façon  plus large on sait que c'est une aide de Trump présente ce soir là dans la salle qui lui a refilé le virus, elle a pu le passer à un aide de Biden qui aurait pu à son tour le passer à son patron. Croisons les  doigts !

Si Trump reste asymptomatique, je pense que ça ne changera rien au scrutin du  3/11. Peut-être même que ça attirera quelques indécis vers Biden ou vers l'abstention, vu que Trump a nié que la maladie était grave. 

J'avoue que je ne sais pas ce qui se passera s'il est gravement atteint ou s'il décède. Étant donné que des millions de personnes ont déjà voté (par correspondance) il est trop tard pour modifier les bulletins et de toute façon dans bien des États ce n'est pas prévu par la loi. Même chose côté Biden. 

En cas d'impossibilité de se présenter pour un candidat, ce sont les organes dirigeants des deux partis qui doivent désigner celui qui devra le remplacer, en théorie. Mais dans des temps si proches du scrutin ce ne sera probablement pas possible. Le Congrès pourrait alors repousser la date des élections, mais c'est peu probable qu'il le décide.

En cas d'empêchement du président c'est le vice-président (en l’occurrence Mike Pence) qui assume le rôle de président. Si le vice-président est empêché à son tour c'est la présidente de la Chambre des Représentants (en l’occurrence Nancy Pelosi, une Démocrate) qui s'y colle. 

Mike Pence pourrait être un candidat très solide face à Biden ou Kamala Harris, bien plus solide que Trump.

Ces élections sont vraiment extraordinaires dans une année extraordinaire.

Blues

 Les nouvelles en provenance des Etas-Unis sont mauvaises et elles s’ajoutent aux  moins mauvaises mais pas réjouissantes non plus nouvelles françaises et du reste du monde, pour me donner le cafard. Aux Etats-Unis Trump menace de s’accrocher à son siège par tous les moyens en cas de défaite (et il va probablement être défait ce qui promet presque à coup sûr un chaos terrible, peut-être même une guerre civile dans ce pays que j’aime et où j’ai plein d’amis). A moins qu’il gagne en intimidant les électeurs dans les bureaux de vote (ce qu’il s’apprête à faire dans les états clés) ou qu’il s’arrange pour faire éliminer les votes par correspondance (ce à quoi la brute partisane qu’il a mis à la tête du service des postes US s’emploie). En France le tour de vis sanitaire effectué hier par le ministre de la santé déplaît à tout le monde et en particulier aux bistrotiers et restaurateurs obligés à fermer à partir de 22 heures. Nicolas Bedos, comédien fils de, publie un texte sur les réseaux sociaux appellant à "vivre quitte à mourir" (bel oxymore) et demandant à ce qu'on arrête tout "les masques. Les confinements". Nul doute qu'il va se faire une bonne pub avec ce crachat lancé aux soignants. Quant aux Marseillais je serais bien d’avis de les laisser se démerder tout seuls puisqu’ils se sentent méprisés et persécutés par Paris. 

Et en plus je dois aller au bureau, à Paris, demain !