Quid pro quo

L'ambassadeur Sondland reconnait qu'il y a eu quid pro quo.

Toutefois Sondland explique que Trump voulait seulement que Zelensky annonce une enquête sur Burisma (dont Hunter Bidden était membre du conseil d'administration) (pour pouvoir contrer le père de Hunter Bidden, Joe Bidden) et non qu'il fasse une telle enquête. Il déclare que le quid pro quo était uniquement lié à l'invitation de Zelensky à la Maison Blanche et non à la livraison d'armement à l'Ukraine (c'est son point de vue). Pas sûr que ça vaille une inculpation pour Trump. Par ailleurs Sondland implique tout le monde dans cette machination dont le ministre des affaires étrangères Mike Pompeo.

Voici un extrait de sa déclaration liminaire devant la Commission du Renseignement de la Chambre des Représentants (traduction en dessous) :

"I know that members of this Committee have frequently framed these complicated issues in the form of a simple question: Was there a “quid pro quo?” As I testified previously, with regard to the requested White House call and White House meeting, the answer is yes.

Mr. Giuliani conveyed to Secretary Perry, Ambassador Volker, and others that President Trump wanted a public statement from President Zelensky committing to investigations of Burisma and the 2016 election. Mr. Giuliani expressed those requests directly to the Ukrainians.

Mr. Giuliani also expressed those requests directly to us. We all understood that these pre-requisites for the White House call and White House meeting reflected President Trump’s desires and requirements."

Traduction : "Je sais que les membres de ce Comité ont souvent formulé ces questions complexes sous la forme d'une simple question : Y avait-il un "quid pro quo" ? Comme je l'ai déjà dit, en ce qui concerne l'appel et la réunion demandés à la Maison-Blanche, la réponse est oui.

M. Giuliani a fait savoir au secrétaire Perry, à l'ambassadeur Volker et à d'autres que le président Trump voulait une déclaration publique du président Zelensky s'engageant à mener des enquêtes sur la Burisma et les élections de 2016. M. Giuliani a exprimé ces demandes directement aux Ukrainiens.

M. Giuliani nous a également fait part directement de ces demandes. Nous avons tous compris que ces conditions préalables à l'appel de la Maison-Blanche et à la réunion de la Maison-Blanche reflétaient les souhaits du président Trump et... exigences."

Discours de Bill Barr

La Federalist Society est un groupe de gens de l'extrême droite américaine plus particulièrement portés vers le libertarianisme : ils militent pour une interprétation fondamentaliste de la Constitution comme si le monde n'avait pas changé depuis 1776, et surtout contre le fait que les lois puissent réglementer les affaires, fournir une sécurité sociale aux citoyens et protéger les droits des minorités, entre autres. C'est hier, devant une assemblée de ces libertariens fanatiques que le Ministre de la Justice (Attorney General) des Etats-Unis, William Barr a fait un discours hallucinant. En résumé Bill Barr a déclaré qu'aujourd'hui aux Etats-Unis le pouvoir du législatif avait largement dépassé celui de l’exécutif, empêchant ce dernier d'agir pour le bien de la nation. Appliquant cette idée à la situation présente il a déclaré que la gauche américaine sabotait l'administration Trump, et affirmé que ses membres étaient " engagés dans une guerre pour paralyser, par tous les moyens nécessaires, un gouvernement dûment élu ". De plus, il a affirmé que "la gauche" était "engagée dans le démantèlement systématique des normes et l'affaiblissement de l'Etat de droit". Les conservateurs, a-t-il dit, étaient désavantagés contre la " guerre sainte " du progressisme parce qu'ils " ont plus de scrupules sur leurs tactiques politiques ", surtout face à " une presse hyper-partisane ".

Trump en fait trop, peut-être

Le témoignage que Marie Yovanovitch, l'ancienne ambassadrice en Ukraine, a livré hier matin au Congrès a peut-être été aussi dommageable sur le plan politique pour Trump que tout ce qui a été présenté lors de la première journée des audiences de destitution de la Chambre, mercredi. D'une voix calme mais ferme, elle a décrit comment une " campagne de diffamation " orchestrée par les alliés du président a conduit à son renvoi abrupt en tant qu'ambassadrice, et comment " la couleur s'est retirée de mon visage" quand elle a lu dans une transcription, Trump la diffamer dans un entretien téléphonique avec le nouveau président de l'Ukraine, Volodymyr Zelensky. "Cela ressemblait à une menace ", a dit M. Yovanovitch, se référant au commentaire du président selon lequel elle allait " passer par certaines choses ".

Mais c'est un tweet présidentiel en temps réel - et rien de ce qu'a dit le diplomate chevronné - qui pourrait faire l'objet d'un article rédigé par les démocrates pour demander la destitution de Trump.

"Partout où Marie Yovanovitch est allé, ça a mal tourné", le président a twitté à 10 h 01, heure standard de l'Est, tandis que Yovanovitch répondait aux questions de Daniel Goldman, l'avocat du comité démocrate. Trump a laissé entendre que Yovanovitch avait contribué à la détérioration des pays où elle était stationnée au nom du président, et il a réitéré qu'il avait "le droit absolu de nommer des ambassadeurs". Il a faussement laissé entendre que le président Zelensky avait demandé sa destitution en tant qu'ambassadrice, même si l'appel téléphonique au cours duquel Trump et Zelensky ont critiqué Yovanovitch a eu lieu des mois après son rappel sur le sol américain.

Le président n'est pas connu pour sa discipline sur Twitter, bien que sa décision d'attaquer Yovanovitch ait été un changement par rapport à la retenue relative dont il a fait preuve mercredi lors du témoignage de deux diplomates chevronnés, William Taylor, ambassadeur par intérim en Ukraine et George Kent, secrétaire d'État adjoint. Sans doute n'a-t-il pas pu s'empêcher d'attaquer une femme menaçant sa toute puissance. Il est coutumier du fait (voir ses attaques contre Meggyn Kelly (journaliste de ox News), Mika Brzezinski (présentatrice de show sur MSNBC) , Rosie O’Donnell (comédienne), Elizabeth Warren (sénatrice) , Katy Tur (journaliste) et bien sûr Hilary Clinton).

Dans un autre domaine, mais le même jour, Trump est intervenu dans trois cas de crimes de guerre, du côté des présumés criminels de guerre. Il a gracié un militaire reconnu coupable de "crimes odieux" et un autre en attente de jugement pour "crimes odieux". Il a également annulé la rétrogradation d'un SEAL de la marine condamné pour avoir pris des photos de trophées avec un cadavre ennemi. Tous ont été traduits en justice par leurs camarades militaires ; chaque accusation s'est appuyée sur le témoignage de soldats des mêmes unités qui ont été témoins des crimes de guerre et les ont signalés à leurs supérieurs.

Et comme si ce n'était pas assez pour une journée, Trump s'est plaint amèrement sur Twitter, de la condamnation de Roger Stone, agent d'influence du GOP, autoproclamé "sale truqueur", qui comparaissait devant un tribunal fédéral pour subornation de témoin, mensonges devant la Commission des renseignements de la Chambre des représentants et entente avec Wikileaks pour la divulgation d'emails appartenant au Parti Démocrate et à l'équipe de campagne d'Hilary Clinton.

Tout ça dans la même journée !